Le gouvernement ne parlera pas au nom du Québec ni du Canada à Copenhague

Publié par Gilles Duceppe le 26 novembre 2009 à 9:06 2 commentaires

Vous trouverez ci-joint la lettre envoyée à monsieur Yvo De Boer, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Monsieur le Secrétaire exécutif,

À l’aube de la cruciale 15e Conférence des parties qui se tiendra à Copenhague, il nous semble primordial de vous informer que la position défendue par le Canada ne reflète pas la volonté d’une très grande majorité de Québécoises et de Québécois qui espèrent des mesures musclées. Cette position ne correspond pas non plus celle des parlementaires fédéraux qui ont exigé, par un vote majoritaire en faveur d’une motion présentée par le Bloc Québécois à la Chambre des communes le 24 novembre dernier, que le Canada fasse valoir à Copenhague une position constructive (voir annexe).

Depuis son élection en 2006, le gouvernement conservateur canadien a tout fait pour ne pas respecter le protocole de Kyoto. En faisant fi de son statut minoritaire, ce gouvernement n’a pas hésité à renier ses obligations internationales et à restreindre au maximum les mesures prises par le Canada pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES).

En effet, pour la troisième fois en quatre ans, le gouvernement conservateur canadien a reporté la mise en place d’un cadre réglementaire pour la réduction des GES et se refuse à tout leadership en matière environnementale.

Encore récemment, le ministre fédéral de l’Environnement, Jim Prentice, qualifiait d’« irresponsable » et d’« inacceptable » une démonstration de groupes environnementaux et d’économistes reconnus concluant qu’une réduction des émissions de GES de 25 % sous le niveau de 1990 est non seulement réalisable, mais qu’elle n’affectera que marginalement l’économie canadienne. Le ministre a préféré faire abstraction des coûts beaucoup plus élevés qu’entraînera l’inaction – coûts que le rapport Stern a mis bien en évidence – et a répliqué qu’une réduction de cette ampleur aurait des conséquences dommageables pour l’économie pétrolière des provinces de l’Ouest canadien et que cela diviserait le Canada.

Ce faisant, le gouvernement conservateur choisit sciemment non seulement d’épargner les grands pollueurs, mais aussi de faire porter les coûts de l’inaction à ceux qui, comme le Québec, ont déjà consenti à des efforts importants de réduction. Il condamne ainsi le Québec à assumer les conséquences économiques engendrées par des actions et des décisions dont il n’est nullement responsable. Piégé par le médiocre bilan du Canada, le Québec risque donc de se voir imposer par l’Europe et les États-Unis, qui constituent ses principaux marchés à l’exportation, les mesures commerciales – comme un tarif carbone à l’importation correspondant au coût des mesures environnementales domestiques – dont ils discutent activement et qui satisferaient aux règles de l’OMC. 

Sur la scène internationale, le Canada est considéré comme le pays occidental le plus en retard dans la lutte aux changements climatiques et fait bien piètre figure. Il met désormais de l’avant le concept de « circonstances nationales » pour justifier son inaction et pour faire valoir que ses réductions de GES doivent être moins importantes que celles d’autres pays. Ces différentes prises de position sont à notre avis inacceptables et irresponsables.

Pour sa part, le Bloc Québécois, à l’image des citoyennes et citoyens qu’il représente, appuie les recommandations de la communauté scientifique internationale. Ainsi, afin d’éviter des conséquences majeures et irréversibles, les pays industrialisés, dont le Canada, devraient se fixer des cibles permettant de limiter l’augmentation des températures sous les 2 °C.

La position des Québécoises et des Québécois est sans équivoque favorable au protocole de Kyoto et de la lutte aux changements climatiques : 91 % de la population appuie l’idée d’une action globale et immédiate pour contrer le réchauffement. L’Assemblée nationale a d’ailleurs dénoncé à l’unanimité la position rétrograde du gouvernement canadien en matière de changements climatiques. La nation québécoise montre ainsi clairement qu’elle est prête à collaborer à l’atteinte d’objectifs ambitieux, notamment par une approche territoriale semblable à ce qui s’est fait en Europe et par la création d’une bourse du carbone.

Malheureusement, le gouvernement canadien n’entend pas laisser à la nation québécoise et conséquemment au gouvernement du Québec – pourtant responsable au premier plan des mesures à mettre en œuvre sur son territoire pour limiter les émissions de GES – la possibilité de s’exprimer de sa propre voix pour faire valoir ses positions et ses intérêts à Copenhague en matière de lutte aux changements climatiques.

Alors que les constats scientifiques sont alarmants et que la communauté internationale réitère l’urgence d’agir, il nous apparaît clair que la position incongrue du gouvernement conservateur canadien ne correspond ni à la volonté des Québécoises et des Québécois, ni à celle d’une majorité de parlementaires fédéraux qui se sont prononcés sans équivoque sur le sujet. Il nous semble important que vous en preniez acte à l’aube de cette rencontre cruciale pour l’avenir.

Nous espérons que la lecture de cette lettre pourra vous renseigner sur la situation réelle de la lutte aux changements climatiques au Québec et au Canada.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire exécutif, l’expression de nos meilleurs sentiments.

Gilles Duceppe
Chef du Bloc Québécois

Bernard Bigras
Porte-parole du Bloc Québécois en matière d’environnement

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2 commentaires

  1. Il est criminel de ne pas se porter à la défense d’un enfant-soldat ressortissant canadien.

    Il est criminel de remettre des prisonniers entre les mains de tortionnaires en se fermant les yeux, en se bouchant les oreilles et en étouffant les voix qui s’élèvent pour dénoncer des pratiques contraires aux lois internationales concernant les crimes de guerre.

    Il est criminel de choisir de ne rien faire pour empêcher une catastrophe planétaire ayant déjà des effets dévastateurs pour un nombre croissant d’habitants de la planète, surtout parmi les plus pauvres, les plus vulnérables.

    Il est criminel d’entraver la justice, d’ empêcher des gens de témoigner librement en les intimidant et de refuser de donner accès à des documents en les rendant inaccessibles.

    Répondre à ce commentairePublié par Daniel Charette le 26 novembre 2009 à 19:38

  2. Il n y a pas juste le rechauffement de la planete.Il y a aussi la polution. Et les quebecois sont les plus grands pollueurs de la planete. Par exemple le quebecois moyen produit environ le double en dechets par rapport a un ontarien moyen. Alors avant d’accuser les autres regardez donc dans votre cour.

    Répondre à ce commentairePublié par paul pieter kruijmer le 3 décembre 2009 à 13:34

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