98,98
C’est le niveau atteint ce mercredi par le dollar canadien, face à la devise américaine. La parité pourrait être atteinte à tout moment, y compris aujourd’hui jeudi.
Les habitués de ce blogue savent que nous avons abordé depuis janvier de l’impact de la transformation du Canada en superpuissance pétrolière sur la destruction de l’emploi manufacturier au Québec. (Voir la série Sables mouvants.) Le phénomène est appelé Mal Hollandais et fonctionne comme suit: plus la production d’hydrocarbures devient une part importante de l’industrie nationale et des exportations du pays, plus le pétrole et le gaz poussent à la hausse le prix de la devise.
Une devise élevée augmente le prix des autres produits et services exportés, les rendant moins compétitifs à l’étranger, d’où des pertes d’emplois pour les secteurs non-pétroliers. De plus, l’industrie pétrolière embauche avec des salaires élevés ses salariés, ce qui pousse à la hausse les salaires des autres industries, rendant également leurs produits plus coûteux, donc moins compétitifs, d’où davantage de pertes d’emploi. J’ai cité une étude de trois économistes affirmant que «jusqu’à 54% des emplois manufacturiers perdus au Canada entre 2002 et 2007 l’ont été à cause du mal hollandais». Appliqué au Québec, ce ration donne 55 000 emplois perdus.
Une question à plus d’un dollar
Depuis un an, le prix du baril de pétrole a cru de 45 à 82 dollars, nos exportations d’hydrocarbures ont cru de près de 10% et notre dollar est passé de 78 à 98 cents. Vous avez dit corrélation ? Quel impact peut avoir cette nouvelle montée du dollar sur l’économie manufacturière ? Une bonne question, sachant qu’un rapport tout frais nous annonce que d’ici 10 ans, les exportations canadiennes de pétrole vont augmenter de 84%.
Dans sa mise au point économique de l’automne dernier, le gouvernement ontarien a calculé qu’une variation de 5 cents du dollar a un impact de 0,5 à 1,2 % sur sa richesse nationale après 24 mois. Cet impact est plus important qu’une variation de 10$ du prix du pétrole en soi, d’un changement d’un point du PIB américain ou d’un point des taux d’intérêts. (Voir Tableau 3, ici)
Le dollar canadien ayant pris 20 cents en un an, on peut estimer que, si ce gain se maintient sur 24 mois, l’économie ontarienne perdra entre 2 % et 4,8% de son PIB, soit une contraction pouvant atteindre 29 milliards.
Ying en Ontario et au Québec, Yang en Alberta
Malheureusement je n’ai pas trouvé de calcul semblable dans les documents budgétaires québécois de l’an dernier (mémo au sous-ministre des Finances: merci de l’inclure dans le prochain budget). Mais je me suis amusé à aller voir s’il figurait au budget 2010 du gouvernement de l’Alberta. (Je sais, je sais, on s’amuse comme on peut !)
Le budget albertain n’offre pas de calcul d’impact de la variation du dollar sur le PIB albertain, mais sur les revenus de l’État. Et ce qui est le plus amusant est qu’ils ne s’inquiètent pas, dans le tableau en p 138 ici, de l’impact délétère de la hausse du dollar canadien, mais bien de la hausse du dollar américain. C’est ainsi que, pour l’Alberta, une hausse d’un cent du dollar US se solderait par une perte de 219 millions fiscaux de revenus pour l’année. A contrario, une hausse équivalente du dollar canadien rapporte. Ainsi, depuis le début de février, le dollar US a perdu 4 cents, donc l’Alberta estime pouvoir empocher, si ce gain se maintient, 4 fois 219 millions, soit 876 millions de dollars. C’est Noël tous les jours !
Conservateur à plus d’un titre, le ministre albertain des Finances prévoyait, le mois dernier, que le dollar canadien se maintiendrait, à son grand regret, à 95 cents d’ici 2013. Il est à 98,9 cents. Il pourrait bientôt atteindre1,03. Tant mieux pour l’Alberta.
Mais quelqu’un peut-il me rappeler comment une politique économique peut être bonne pour eux et pour nous en même temps ?
Avec la permission de Jean-François Lisée, directeur exécutif du CERIUM, conseiller de Jacques Parizeau et Lucien Bouchard (1994 à 1999).
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Le Québec a une réserve de gaz naturel dans le golf St-Laurent. Comment expliquer que le Québec ne soit pas autorisé à exploiter ses ressources alors que Terre-Neuve est déjà installé sur le fleuve.
Comment se fait-il que le Bloc et le PQ n’en parlent pas? On serait riche et indépendant des ressources extérieures depuis au moins 15 ans!…
Le Québec ne réagit jamais au bon moment, c’est ça le problème. L’autre problème c’est que malgré les bons PM du PQ, tous venaient d’une famille fédéraliste et ils avaient les mains liés par leur ancienne appartenance. Mr Lucien Bouchard était bien placé pour faire l’indépendance avec le thème de nos ressources, mais pourtant il ne l’a pas fait. Pourquoi alors?…Mr Parizeau, avec le vol de notre référendum, lui aussi n’a rien fait pour poursuivre le fédéral. Mr René Levesque avec son beau risque, voulait donner lui aussi une chance au fédéral.
Ce qui manque aux représentants souverainistes, c’est de se détacher du Canada d’abord dans leur tête, et ensuite croire en se qu’ils veulent vraiment; l’indépendance. Tout est question de culture ancienne qui ne veut pas décoller, malgré leur bonne volonté.
Moi je suis contente que l’Alberta réussise, à nous d’en faire autant au lieu de les blamer.
Mario Carrara Reply:
mars 19th, 2010 at 5:24
Maude… que l’Alberta réussisse ? au prix d’un désastre écologique ? qui va payer ? moi j’ai vu ! les lacs de boues contaminées, le détournement des rivières pour l’eau (vapeur) nécessaire au processus d’extraction la faune et la flore dévastée .. qui va payer? surtout pas les multinationales du pétrole et du gaz, surtout pour le E.U.A ,oui les Albertains sont plus riches en apparence et a l’instant présent mais ils gaspillent leur patrimoine pour les génération futures.
Publié par maude levasseur le 18 mars 2010 à 13:31
Les partis souverainistes veulent réaliser l’indépendance du Québec. Un projet de pays, ça peut prendre un certain temps à se concrétiser, peut-être ne verrai-je pas la réalisation de mon rêve en cette vie. Ce n’est pas grave. Ce qui est grave c’est que nous sommes beaucoup plus riches que n’importe quelle autre entité canadienne mais incapables de nous approprier nos propres richesses, lesquelles nous glissent entre les doigts et sous le nez, au profit d’entreprises étrangères.
Ce qui est grave, c’est que nous avons tout pour devenir un des États les plus performants et rentables économiquement alors que nous ne contrôlons pas notre État. Notre État est pris dans un étau, un carcan qui l’empêche de prendre son plein essor, tandis que des vampires le vident de ses inestimables ressources.
Nous, québécois, québécoises, qui sommes extrêmement riches de toutes nos ressources, croupissons dans la médiocrité pendant que les exploiteurs font main-basse sur notre patrimoine collectif. Nous perdons ainsi des milliards qui s’envolent pour disparaître, avec la bénédiction d’un gouvernement fédéraliste fantoche.
Ce qui est grave c’est que tout cet argent nous manque cruellement, dramatiquement, pour soigner nos malades, éduquer nos jeunes, investir dans la recherche et le développement, développer les modes de transport du vingt-et-unième sciècle, offrir des formations professionnelles, préserver nos terres agricoles, venir en aide aux plus démunis, assurer trois repas par jour aux familles, construire des logements sociaux, etc,etc.
Ce qui est grave c’est que lorsque l’on offre le Québec au québécois/es, sur un plateau « d’argent », nous hésitons à dire « oui nous le voulons! » Nous refusons l’abondance et nous restons dépendants de la volonté, des caprices et parti-pris du gouvernement d’un pays qui n’a rien d’autre à nous offrir que le prix de « consolation » de la péréquation!
Publié par Daniel Charette le 18 mars 2010 à 15:19
Mario Carrara
Oui je sais tout ça, mais comme on y peut rien et tant qu’on restera dans le Canada, on ne peut pas intervenir. Si on était indépendant, comme pays on pourrait leur demander de moins polluer comme voisin et prendre des mesures nécessaires pour leur faire prendre leur responsabilité.
C’est sur qu’un jour ils vont payer pour leur erreur, et si on ne veut pas payer pour eux, on sait ce qu’il nous reste à faire, sortir du Canada.
L’Alberta réussirait mieux si elle tenait compte de l’environnement, mais les condamner ne sert à rien pour le moment, l’argent les rends aveugles.
Pour ce qui est du sujet, la parité du dollars, il n’y a pas juste des inconvénients, pour certains oui, mais pas pour l’ensemble de l’économie. Mr Lisée aurait pu nous donner l’autre version aussi.
Publié par maude levasseur le 19 mars 2010 à 13:01
À l’instar de l’Alberta pour les sables bitumineux, le Québec recevra-t-il des milliards du Fédéral pour développer le gaz naturel dans la vallée du St-Laurent?
Le Québec n’a jamais reçu un sou du fédéral pour développer l’énergie hydro-électrique au Québec, alors que les riches compagnies pétrolières de l’Alberta ont reçu, et continuent de recevoir, des centaines de millions de dollars d’Ottawa chaque année pour tirer du pétrole des sables bitumineux.
Et l’Ontario n’est pas en reste, le fédéral y ayant dépensé dans le dernier demi-siècle des milliards de dollars pour la filière énergétique nucléaire concentrée dans cette province.
Quand est-ce que le fédéral va subventionner le Québec pour les éoliennes? L’Ontario l’a été pour l’énergie atomique, l’Ouest et Terre-Neuve pour le pétrole, mais rien pour l’Hydro-Québec.
Alors, pour le gaz?
Publié par Raymond, État du Québec le 20 mars 2010 à 9:46
Ce que J-F semble oublie d’expliquer c’est les avantages d’un dollar fort, peut etre que ses connaissances en economie sont limites.Par ce fait, les importations sont moins cheres, alors il est avantageux d’acheter de la machineries high tech qui n’est pas fabrique ici a un prix beaucoup plus bas. Avec cette nouvelle machinerie il sera possible d’etre plus productif et efficient, ce qui compence emplement pour les inconveniants d’avoir un dollar fort. Et de toute facon! J-F devrait savoir que tout les pays qui ont une monaie forte ont une qualite de vie superieur a la moyenne.
Publié par Paul Pieter Kruijmer le 25 mars 2010 à 9:32